Un programme d’apprentissage mutuel reliant le Bénin, le Togo et le Ghana
Du 22 au 27 septembre 2025, une caravane de visite d’échange a réuni les gestionnaires des aires protégées du Bénin, du Togo et du Ghana. Cette initiative s’inscrit à la fois dans le projet Festival Mangal, porté par le Collectif des Deltas du Golfe du Bénin ainsi que dans le projet AGEREB (« Appui à la Gestion de la Réserve de Biosphère du Mono et de l’Aire Marine Protégée pour un développement économique inclusif durable ») financé par l’Union Européenne et sous la coordination de l’UICN. A travers cette initiative, les acteurs du Collectif des Deltas du Golfe du Bénin s’engagent autour d’une conviction forte : « la nature ne connaît pas de frontières, mais sa préservation exige une solidarité régionale. »
La caravane a permis à vingt-sept gestionnaires béninois de rejoindre leurs pairs togolais et ghanéens. La délégation regroupait une diversité d’acteurs tels que des représentants des Aires Communautaires de Conservation de la Biodiversité de la Réserve de Biosphère Transfrontalière du Mono (RBTM), du bureau de l’Aire Marine Protégée (AMP) de la Bouche du Roy, du CENAGREF, de la DGEFC, des mairies concernées, de l’Autorité du Bassin du Mono, ainsi que des ONG et institutions partenaires.
Plongée au cœur des sites togolais
Le voyage d’échange s’est entamé par une immersion sur les sites d’Afito et de Godjin-Godjè au Togo, avec l’appui de l’ONG Agbo-Zeguè, membre du Collectif des Deltas du Golfe du Bénin.
Afito
A Afito, les visiteurs ont pu mesurer l’ampleur des efforts de restauration entrepris depuis 2004. Sensibilisation communautaire, reboisement, aménagement de mares de conservation et déploiement d’écogardes ont permis la reconstitution d’une biodiversité menacée, avec notamment une augmentation significative de la population d’hippopotames. Le site se distingue également par l’introduction d’activités génératrices de revenus, comme une plateforme multifonctionnelle alimentée par l’énergie solaire, qui contribue à améliorer les conditions de vie des populations et à renforcer l’autonomie des femmes.
Godjin-Godjè
A Godjin-Godjè, les participants à la visite ont pu découvrir la manière dont la culture et la spiritualité s’allient à la conservation des aires protégées. La forêt sacrée de Godjin-Godjè arbitre plus de 800 espèces floristiques. Protégée par les divinités locales, cette forêt illustre comment la sacralisation peut favoriser le maintien du couvert végétal. En outre, les participants ont pu rencontrer les coopératives féminines du site de Godjin-Godjè, qui jouent un rôle essentiel dans le développement économique local. D’ailleurs, les participants ont visité les circuits écotouristiques qui commencent à être aménagés pour valoriser le patrimoine naturel et culturel du site.
Ces deux visites ont permis aux participants d’échanger directement avec les gestionnaires et les communautés locales sur les défis concrets rencontrés dans la gestion des sites. Ensemble, ils ont discuté de différents enjeux tels que la compensation des dégâts agricoles causés par les hippopotames, la valorisation durable des circuits écotouristiques, et la manière de conjuguer traditions locales et approches modernes de conservation.
De l’observation à l’action : ateliers participatifs et capitalisation
Le lendemain, à Tabligbo, les participants se sont retrouvés en atelier pour transformer leurs observations du terrain en leviers d’action. Au programme :
- Échanges francs autour des défis que les gestionnaires des sites visités rencontrent, tels que les difficultés à mettre en place une héliciculture, la gestion des conflits homme-faune, le partage des revenus touristiques, ou la valorisation économique des aires
- Analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités, menaces) et capitalisation pour identifier les pistes concrètes de progrès
- Partage de success stories transférables
- Formation pour permettre aux gestionnaires de renforcer la visibilité des aires protégées : slogans identitaires, récits locaux, radios communautaires, réseaux sociaux…
Ces moments collectifs ont permis à chaque gestionnaire d’échanger des idées et innovations pour renforcer la conservation et l’écotourisme dans son aire protégée.






Perspectives
Au-delà des sites visités et des ateliers animés, cette caravane a relevé différentes perspectives qui pourraient être explorées dans les mois à venir, tels que :
- La création d’un forum d’échanges réguliers entre gestionnaires
- La valorisation des success stories comme leviers d’innovation
- Le renforcement du rôle des femmes et des jeunes dans la gouvernance locale
- L’engagement à bâtir une conservation transfrontalière inclusive et solidaire
Remerciements
Le projet bénéficie du soutien de nombreux acteurs : les partenaires des projets AGEREB, ECODELTA et DELTA MONO, LuxDev, les ONG membres du Collectif des Deltas du Golfe du Bénin, et bien sûr les communautés locales et les gestionnaires des sites visités.
La caravane poursuivra son itinéraire avec la découverte des sites d’Ada et de Keta au Ghana, dont vous pouvez retrouver les observations et apprentissages dans cet article.